Une toute première étude confirme la présence de polluants microplastiques dans le bassin versant de la rivière des Outaouais

 

GATINEAU, le 17 octobre 2016. La rivière des Outaouais s’ajoute à la liste croissante des lacs et rivières de la planète soumises à des quantités importantes de polluants microplastiques, selon des recherches de Sentinelle de la rivière des Outaouais et l’Université Carleton. Les chercheurs viennent de compléter la toute première étude portant sur ce type de polluants dans le bassin versant de la rivière des Outaouais. L’étude révèle qu’une concentration importante de microplastiques (définis comme des fragments, des fibres et des microbilles en plastique ayant un diamètre d’au plus 5 mm) entre dans nos eaux de surface. Comme ils sont en plastique, ils ne se dégradent pas, mais s’accumulent dans la colonne d’eau et dans les sédiments, ainsi que dans la chaine alimentaire aquatique.

Toute première étude dans la rivière des Outaouais

Mme Meaghan Murphy, PhD (Sentinelle de la rivière des Outaouais) et le professeur Jesse Vermaire, PhD (Université Carleton) ont prélevé des échantillons d’eau de surface en amont et en aval de l’usine de traitement des eaux usées d’Ottawa. Pour ce faire, ils ont déployé un filet chalut Manta, c’est-à-dire un grand dispositif composé de plusieurs filets qu’on traine derrière un bateau à moteur. De plus, une vingtaine de bénévoles du programme de science citoyenne Surveillance de la rivière de Sentinelle de la rivière des Outaouais ont échantillonné l’eau à différents endroits sur 550 km de la rivière, depuis le lac Témiscamingue jusqu’à Hudson, Qc.

Les résultats sur les microplastiques :

  • La rivière des Outaouais présente des taux de polluants microplastiques plus élevés que ceux qui figurent dans certaines études menées dans les eaux océaniques.
  • Les concentrations en microplastiques mesurées dans la rivière des Outaouais sont semblables à celles observées dans les affluents des Grands Lacs [1] et dans les grandes rivières européennes [2].
  • On a trouvé des microplastiques à chacun des 58 sites d’échantillonnage, un peu partout dans le bassin versant, y compris dans six affluents. Les concentrations les plus élevées se trouvent dans la région d’Ottawa-Gatineau.

« L’étendue de ce type de pollution, en plus du fait que nous n’en savons que très peu sur les impacts à long terme pour la santé de la rivière et la santé humaine, est inquiétante », affirme Mme Meaghan Murphy, PhD, experte scientifique de Sentinelle de la rivière des Outaouais et l’une des principales chercheurs de l’ étude.  

Des microbilles dans notre bassin versant

Le mouvement international pour interdire les microbilles dans les produits de soins personnels a fait d’importants progrès, en grande partie grâce à des études comme celle-ci qui ont mis en lumière le problème. Les États-Unis ont interdit la vente et l’emploi des microbilles dans les produits de soins personnels (p. ex., le dentifrice, les savons, les shampooings, etc.) en décembre 2015. Grâce au travail de plusieurs organismes canadiens comme Sentinelle de la rivière des Outaouais et Lush Cosmetics, les microbilles de plastiques sont aujourd’hui considérées comme des substances toxiques aux termes de la Loi canadienne de la protection de l’environnement. De plus, le gouvernement fédéral du Canada est en bonne voie d’interdire ces microbilles d’ici décembre 2017.  

Résultats sur les microbilles :

  • Cette étude a trouvé que les concentrations de microbilles sont près de 16 fois plus fortes directement en aval de l’usine d’épuration des eaux usées de la ville d’Ottawa, ce qui indique que l’usine représente une source importante de pollution par microbilles de la rivière.
  • Avec ces données de base, les chercheurs pourront quantifier les réductions de pollution par microbilles une fois que leur interdiction entrera en vigueur au Canada, fin 2017.

« L’interdiction des microbilles représentera une grande victoire pour les cours d’eau du pays, » affirme le directeur général de Sentinelle de la rivière des Outaouais, Patrick Nadeau. « Cependant, jusqu’à ce que l’interdiction soit mise en œuvre, les microbilles continueront à aboutir dans les rivières du bassin versant. Nous devons tous contribuer en continuant d’exercer des pressions sur le gouvernement pour qu’il mette rapidement en œuvre cette interdiction, ainsi qu’en évitant d’acheter les produits contenant des microbilles. »

Donc, quelle est l’origine de tous ces microplastiques?  

La pollution massive par microplastiques de nos cours d’eau est directement attribuable à notre grande dépendance aux produits de plastique dans notre vie de tous les jours. Chaque jour, les microplastiques sont évacués par nos drains vers nos usines d’épuration et déversés dans nos rivières. La pluie et le vent contribuent également à transporter les microplastiques depuis la terre dans nos plans d’eau.  

Au cours de l’étude, on a trié les microplastiques selon le type et on a trouvé que la majorité (74%) sont des fibres de plastique; les fragments de plastique en représentent 18 % et les microbilles, 9 %.

  • On soupçonne que les vêtements synthétiques représentent la source de la grande partie des fibres microplastiques, car un seul vêtement peut en libérer presque 2000 fibres au lavage [3].  
  • Les fragments de plastique proviennent généralement de la dégradation de déchets plastiques plus grands (p. ex., bouteilles, pailles, embouts de cigarettes).
  • Les microbilles proviennent des produits de soins personnels qu’on utilise pour se laver, comme les savons, les exfoliants et les dentifrices.  
  • L’usine d’épuration des eaux usées d’Ottawa s’est révélée être une source identifiable de microplastiques dans la rivière, avec des concentrations en aval de l’usine 3 fois plus élevées que celles mesurées en amont.

Le règlement fédéral à venir, visant à interdire les microbilles dans les produits de soins personnels, représente un premier pas important dans la lutte contre les polluants microplastiques dans le bassin versant de la rivière des Outaouais et des cours d’eau du pays. Il reste toutefois beaucoup à accomplir. « Plus du 90 % des polluants microplastiques dans la rivière des Outaouais proviennent de sources autres que les produits de soins personnels, » explique Mme Murphy. « Tout le monde peut faire sa part en se réduisant notre dépendance au plastique : réduire, réutiliser et recycler les plastiques que l’on utilise et ramasser les déchets en plastique dans nos quartiers. Mais le gouvernement doit également collaborer. Nous avons besoin de plus de recherches sur les impacts environnementaux de ces polluants, et de stratégies visant à réduire les grandes sources des grandes de polluants autres que les produits de soins personnels. »

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Sentinelle de la rivière des Outaouais est reconnaissante envers tous ses commanditaires, collaborateurs et bénévoles. Sans leur aide, nous n’aurions pas pu réaliser une étude d’une telle ampleur. Le financement provenait du programme de subventions Ottawa Wave Makers créé par Impact Hub Ottawa et le Fonds mondial pour la nature du Canada, ainsi que du programme de subventions pour l’eau douce Muskoka Brewery & Evergreen.

[1] Baldwin, A.; Corsi, S.; Mason, S. Plastic Debris in 29 Great Lakes Tributaries: Relations to Watershed Attributes and Hydrology. Environmental Science & Technology. Sept. 2016. 14http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/acs.est.6b02917 (en anglais seulement)

[2] Breuninher, E; Bänsch-Baltruschat, B; Brennholt, N; Hatzky S, Reifferscheid, G.  Plastics in European Freshwater Environments. Juin 2016.

[3] O’Conner, Mary Catherine. «Inside the lonely fights against the biggest environmental problem you’ve never heard of.» The Gaurdian, 27 oct. 2014, https://www.theguardian.com/sustainable-business/2014/oct/27/toxic-plastic-synthetic-microscopic-oceans-microbeads-microfibers-food-chain (en anglais seulement). Consulté le 3 octobre 2016.

 

Contacts :

 

Sentinelle de la rivière des Outaouais :

En anglais

Mme Meaghan Murphy, PhD

Experte scientifique mmurphy@ottawariverkeeper.ca

Cell : 613-301-9762

 

En français

Adèle Michon

Directrice des opérations au Québec

amichon@ottawariverkeeper.ca

Cell : 819-576-2123

 

Université Carleton :

Jesse Vermaire, PhD

Professeur adjoint, Département des Sciences de l’env., Géographie et études environnementales

jesse.vermaire@carleton.ca

Tél. : 613-520-2600, poste 3898

 

À propos de Sentinelle de la rivière des Outaouais : Sentinelle de la rivière des Outaouais (en anglais : Ottawa Riverkeeper) est un groupe d’action communautaire sans but lucratif, qui rassemble l’opinion publique autour d’une cause commune, celle de protéger et de promouvoir la santé et la diversité écologiques de la rivière des Outaouais et de ses affluents. Sentinelle de la rivière des Outaouais est un organisme indépendant et reconnu pour son expertise. Elle préconise les prises de décisions éclairées, la sensibilisation et la participation du public, l’accès à l’information et le respect de la réglementation, dans l’intérêt de notre rivière et de nos communautés. Sentinelle de la rivière des Outaouais est membre de Waterkeeper Alliance, une organisation internationale fondée par Robert F. Kennedy Jr.

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