Une passe migratoire à Carillon pour sauver l’anguille d’Amérique

Malgré les défis que pose la construction d’une passe à anguilles au barrage de Carillon, une telle initiative donnerait à notre population d’anguilles d’Amérique, qui est menacée et fragmentée, une chance de survivre.

Le bassin versant de la rivière des Outaouais compte sur son territoire 50 centrales hydroélectriques et barrages majeurs. La plupart de ces structures, comme le barrage de Carillon, représentent un obstacle insurmontable pour les anguilles d’Amérique en provenance de l’océan Atlantique et pour celles qui tentent de le regagner. Pourquoi? Bien qu’il existe des preuves scientifiques sur les effets bénéfiques des passes migratoires sur les poissons migrateurs, très peu de nos barrages sont équipés de passes qui conviennent à l’anguille d’Amérique, une espèce menacée. 

Qu’est-ce qu’une passe migratoire et pourquoi est-ce nécessaire?

Depuis de nombreuses années, les barrages de la rivière des Outaouais jouent un rôle important pour nos communautés, notamment en fournissant de l’électricité. Cependant, les bienfaits qu’on en tire ont une contrepartie : les barrages limitent ou empêchent complètement les déplacements des poissons migrateurs.

C’est pour cette raison que les passes migratoires existent. Ces ouvrages facilitent ou rendent possible la migration de nombreuses espèces de notre bassin versant dont la route est bloquée par un obstacle tel un barrage. Les passes se déclinent en plusieurs types qui ont différentes fonctions. Par exemple, on retrouve des passes migratoires à déflecteurs, à forte pente, en gradins et bien d’autres. L’une d’entre elles peut convenir parfaitement aux déplacements d’une espèce entre son habitat et sa frayère, mais s’avérer inefficace pour une autre.

Exemples de passes migratoires :

Photo: Bonneville Power

Photo: Nilfanion

Qu’on pense aux saumons rouge, royal et argenté de la rivière Stamp sur l’île de Vancouver ou à l’alose savoureuse de la rivière des Prairies aux abords de notre bassin versant à Montréal, il y a de nombreux exemples réussis où l’installation de passes migratoires a augmenté la capacité des poissons à atteindre les milieux convoités partout dans le monde.

Or, l’exemple de la rivière Roanoke en Caroline du Nord est probablement celui qui s’applique le plus à notre situation. Les jeunes anguilles étaient incapables d’atteindre leur habitat en amont depuis 1955, année de construction du barrage Roanoke Rapids.

Par contre, en 2010, deux passes à anguilles y ont été installées. Depuis, après plus de 50 ans d’inaccessibilité à leur territoire historique, plus de 2 millions d’anguilles ont pu accomplir leur migration!

Des cas comme celui de la rivière Roanoke, où une population menacée a pu surmonter les obstacles à sa migration grâce à une innovation technologique simple, nous donnent espoir que le vent peut tourner pour nos propres anguilles d’Amérique qui ont aujourd’hui besoin de notre aide plus que jamais.

Quel est l’état de l’accès au bassin versant de la rivière des Outaouais pour l’anguille d’Amérique?

Pour que les anguilles d’Amérique puissent migrer sans danger entre l’océan Atlantique et notre bassin versant, elles doivent parcourir une véritable course à obstacles constituée de plusieurs barrages sur la rivière des Outaouais, lesquels représentent la principale menace à leur survie. En effet, depuis l’arrivée du barrage de Carillon dans les années 1960, la population d’anguilles de notre bassin versant a connu un déclin radical, soit une perte de 99 %.

Le trajet des anguilles serait beaucoup plus facile si les structures adéquates pour permettre leur passage étaient mises en place. Or, très peu de nos barrages sont équipés de passes à anguilles, comme la centrale des Chutes-de-la-Chaudière. Il reste que le barrage de Carillon, la première et la plus importante des entraves à l’accès des anguilles à la rivière des Outaouais depuis le fleuve Saint-Laurent, n’en possède aucune.

Carillon Dam, photo de Aerialphotographs.ca

Vous avez peut-être appris en lisant notre récente FAQ sur le barrage de Carillon et l’anguille d’Amérique que le manque de passes à anguilles pose d’importants défis à l’espèce lorsqu’elle tente d’accéder à la rivière des Outaouais. Lorsqu’elles migrent en amont, les anguilles juvéniles qui tentent d’atteindre la rivière des Outaouais ne peuvent accéder à leur habitat de choix, à cause d’une infranchissable barrière dépourvue de passage.

Alors qu’Hydro-Québec prévoit d’investir 750 millions $ dans la rénovation du barrage de Carillon, une rare occasion dans l’histoire de la rivière des Outaouais (notre histoire) se présente à nous. Il s’agit d’une chance unique de demander qu’une petite portion de ce gros budget serve à installer une passe migratoire permanente, une chance unique de renverser le déclin de 99 % de notre population d’anguilles d’Amérique.

De quel type de passe l’anguille d’Amérique a-t-elle besoin? 

L’anguille d’Amérique a besoin d’une passe migratoire spéciale adaptée à ses caractéristiques biologiques. Ce poisson fascinant est peut-être un nageur moins performant que d’autres, mais il est capable de grimper des pentes raides humides. Les passes migratoires courantes sont adaptées à certains poissons, mais ne conviennent pas aux anguilles. Par exemple, les obstacles comme les chutes (même lorsqu’elles ne font que quelques centimètres de haut), les ponceaux ou les déversoirs, où les courants modérés empêchent le passage, sont plus susceptibles d’entraver le déplacement des anguilles que celui d’autres espèces.

Le type de passe migratoire communément utilisé pour les anguilles s’appelle « échelle à anguilles » ou « passe à anguilles ». L’étroit passage est muni de pentes raides et comprend différents substrats pour faciliter la montée. Ce type d’ouvrage et d’autres structures similaires se sont avérés efficaces, bien que certaines améliorations pourraient être apportées. En effet, les technologies visant à prévenir la mortalité et les blessures causés par les turbines ne sont pas tout à fait au point.

Malgré les défis que pose la construction d’une passe à anguilles au barrage de Carillon, une telle initiative donnerait à notre population d’anguilles d’Amérique, qui est menacée et fragmentée, une chance de survivre. Nous devons remédier à ce problème à double tranchant, qui d’un côté tue les anguilles matures qui tentent de traverser le barrage et de l’autre barre la route aux jeunes spécimens, leur retirant l’accès à la rivière des Outaouais. Ainsi, mettre en place une passe à anguilles qui permettrait à ce poisson charismatique de contourner le barrage est la solution sensée et nécessaire. De manière plus importante, nous pourrions inverser la tendance destructrice et amorcer la restauration de l’anguille d’Amérique à un niveau qui profiterait autant à nos écosystèmes aquatiques qu’à la communauté du bassin versant.

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