Patrimoine géologique

Puisque la position des rivières et des lacs est fonction de la nappe phréatique, il existe une corrélation fondamentale entre les rivières et la géologie dans une région donnée. Des plans d’eau se forment là où la nappe phréatique recoupe le relief topographique. La taille d’un bassin hydrographique et la direction d’écoulement des eaux sont donc déterminées par la topographie, qui à son tour dépend de la composition, la configuration et la distribution de la roche sous-jacente.

À l’époque des glaciations, de gigantesques nappes glaciaires provenant du nord ont envahi le Bouclier canadien, un complexe géologique datant de l’ère précambrienne et s’étalant sur une grande partie du Canada. (Dans le passé « récent » à l’échelle géologique, il y a eu quatre glaciations.) Ces nappes ont laissé des dépôts de till, de sable et de gravier meubles provenant de l’érosion du substratum sous-jacent. Remodelés, ces dépôts allaient donner naissance à la rivière des Outaouais, telle que nous la connaissons aujourd’hui.

La rivière des Outaouais a elle-même contribué par la suite au découpage de sa fondation rocheuse, sous l’action de processus d’érosion. On observe aujourd’hui sur ses rives de nombreuses sections verticales avec d’épaisses séquences de strates à peu près horizontales. En amont du bassin versant au nord du lac Témiscamingue, on peut également apercevoir à certains endroits de la roche intrusive – plutons, dykes et filons-couches – datant de plus de 2,5 milliards d’années.

Ces formations rocheuses anciennes s’étendent presque jusqu’à l’extrémité sud du lac Témiscamingue, là où la parcelle sud du Bouclier canadien s’est élevée à la verticale sur plus de 15 km le long de la zone de failles connue de par le monde sous le nom de Front de Grenville. Des études récentes ont démontré que, à l’époque, le soulèvement de Grenville a poussé les rivières à s’écouler vers le nord, de la région de Gatineau jusqu’aux îles arctiques! En parcourant la rivière vers le sud, direction Ottawa, nous pouvons voir le vaste bloc de Grenville, maintenant fortement érodé, qui est formé d’une multitude de roches métamorphiques et ignées plissées et très déformées datant de plus d’un milliard d’années.

Vers le sud, à partir de Pembroke, ces formations rocheuses font cependant place à des plateaux discontinus de grès, de castine, de dolomie et de schiste. Du sud d’Ottawa au fleuve Saint-Laurent, les rochers précambriens sont entièrement recouverts de ces textures paléozoïques. Une grande variété de fossiles a été préservée, rappelant l’évolution des organismes qui ont vécu dans les mers enveloppant le Canada, il y a 570 millions à 440 millions d’années de cela. Par la suite, lorsque d’autres formes de vie plus avancées sont apparues, notamment les dinosaures, les terres aujourd’hui scindées par la rivière des Outaouais sont demeurées au-dessus du niveau de la mer et ont été soumises à l’érosion. Par conséquent, aucun stratum contenant des fossiles de dinosaures ne se trouve dans le bassin hydrographique à Ottawa.

Au cours de la période glaciaire la plus récente, les nappes glaciaires se sont épaissies de façon à affaisser les terres, ayant pour résultat l’inondation d’une grande partie du bassin hydrographique actuel de la rivière des Outaouais. Lorsque la glace a fondu, il y a entre 10 000 et 7 000 ans, la mer de Champlain s’est élevée bien au-delà de la vallée de l’Outaouais. Certains animaux marins, comme la palourde et le pouce-pied, et même des squelettes de baleine, ont été préservés localement dans des dépôts sableux et vaseux laissés sur place lorsque les terres se sont une autre fois élevées au-dessus du niveau de la mer.

Le retrait de la mer de Champlain a transformé l’ancienne rivière des Outaouais et ses affluents. Entre 8 000 et 10 000 an, son débit s’est considérablement réduit. De grands lacs glaciaires dans les Prairies, le nord de l’Ontario et en amont des Grands Lacs n’existent plus aujourd’hui, la rivière les ayant drainés de leur eau. À plusieurs reprises durant cette période, le lit de la rivière s’est déplacé; son emplacement actuel remonte à 8000 ans.

Géoquiz sur la rivière

Le géologue Sir William Logan, considéré comme le plus grand scientifique canadien selon un comité pancanadien, était également un naturaliste très compétent. Comme tous les premiers géologues, il s’intéressait à la biologie, à la météorologie et à l’ethnologie.