L’Ontario limite le pouvoir des offices de protection de la nature. Que cela signifie-t-il pour notre rivière?

La récente décision du gouvernement de l'Ontario de diminuer le pouvoir des offices de protection de la nature risque de nuire au bassin versant de la rivière des Outaouais. Nous pensons que vous devriez savoir ce que ce changement implique pour votre avenir et celui des rivières, des lacs et des milieux humides de la région.

Dans notre bassin versant, il y a quatre offices de protection de la nature, North Bay-Mattawa, vallée de la Mississippi, vallée de la Rideau et Nation Sud, qui représentent quatre plus petits bassins versants du côté ontarien de la rivière. Beaucoup d’entre vous ont sans doute remarqué leurs affiches lors d’une promenade en forêt ou au bord de la rivière de votre localité. Depuis plus de 70 ans, ces agences gouvernementales, avec les 32 autres de la province, sont aux premières lignes de la protection de la nature et des communautés comme la vôtre dans tout l’Ontario.

Les offices sont particulièrement importants lorsqu’il est question de protéger la population et les biens des dommages potentiels des inondations, comme lors des événements dévastateurs que notre communauté a connus en 2017 et en 2019. La crue des eaux a forcé l’évacuation de milliers de riverains et de riveraines, a engendré des pertes de millions de dollars en dommages matériels et a détruit de précieux milieux humides.

Cependant, le gouvernement de l’Ontario a proposé des modifications à l’Annexe 6 de la Loi 229 qui menacent de compromettre sérieusement la capacité des offices de protection de la nature à gérer adéquatement leur bassin versant, comme ils le font en Ontario depuis 1946.

Pour vous tenir au courant de la situation, nous avons répondu à quelques questions ci-dessous.


En 2019, le gouvernement de l’Ontario a commandé un rapport sur les inondations à un conseiller spécial, l’Examen indépendant des inondations de 2019 en Ontario. Plus tôt cette année, le gouvernement a également publié Protéger les personnes et les biens : Stratégie ontarienne de lutte contre les inondations. Comment les modifications proposées à l’Annexe 6 de la Loi 229 intègrent-elles les conclusions et les recommandations de ces rapports?

La réponse courte est qu’elles ne les prennent aucunement en compte.

Dans l’Examen indépendant de 2019, le conseiller spécial recommande que la province consulte les offices de protection de la nature et collabore avec elles dans la gestion des inondations. Il souligne également que la priorité est de soutenir les offices ainsi que les municipalités afin d’assurer la protection des milieux humides, des forêts et d’autres zones vertes et d’atténuer les conséquences des inondations.

Dans la Stratégie de lutte contre les inondations de 2020, le gouvernement de l’Ontario recommande de gérer les risques d’inondations de manière collaborative. De solides partenariats entre toutes les parties concernées, y compris les offices de protection de la nature, les municipalités et les Premières Nations, y sont décrits comme essentiels.

Ces rapports ne peuvent être plus clairs sur ce point : les offices de protection de la nature sont essentiels pour aider à alerter la population et lui fournir des informations en temps réels lors d’épisodes d’inondations. De plus, elles emploient une approche efficace de la gestion de bassin versant, qui permet de limiter les inondations plutôt que de s’attarder uniquement aux plaines inondables. Cependant, plutôt que d’appliquer ces recommandations, le gouvernement de l’Ontario a décidé d’ignorer les faits. Il a préféré miner les partenariats qui favorisent la résilience de nos communautés face aux inondations.


Comment les modifications à l’Annexe 6 de la Loi 229 empêchent-elles les offices de protection de la nature de protéger efficacement nos plans d’eau en Ontario? 

L’Annexe 6 impose une diminution du pouvoir décisionnaire des offices de protection de la nature.

Imaginons qu’une entreprise veuille construire de nouveaux immeubles de bureaux dans le beau milieu humide situé près de chez vous où vivent plusieurs espèces de poissons, de tortues et d’oiseaux. Selon le nouveau règlement, il ne reviendrait plus aux offices, lesquels sont ceux qui connaissent le mieux la science de votre milieu humide, d’accorder ou non les permis autorisant le projet. Le pouvoir d’approbation reviendrait alors au ministre des Richesses naturelles de l’Ontario. 

Autrement dit, les décisions concernant le développement dans les zones sensibles écologiquement, qui pourrait détériorer nos rivières et nos milieux humides, seraient désormais politiques plutôt que fondées uniquement sur la science, comme il se doit. Ce changement représente un grand risque. Les communautés pourraient se retrouver à la merci de choix motivés par le gain politique, alors qu’ils devraient prendre en compte les répercussions sur nos rivières et nos milieux humides.


Pourquoi les modifications à l’Annexe 6 de la Loi 229 devraient-elles vous préoccuper et pourquoi devriez-vous faire entendre votre voix?

La décision de l’Ontario élimine un intermédiaire nécessaire et compétent. En plus de protéger les ressources naturelles, les offices de protection de la nature font le lien entre le gouvernement provincial et les communautés locales, comme la vôtre, qui sont les plus touchées par les enjeux naturels comme les inondations. 

La collaboration et le partage d’expertise à un niveau local risquent de se voir affaiblis, ce qui ferait en sorte de rendre plus difficile notre travail de combattre les catastrophes naturelles qui ravagent nos communautés et notre environnement.

Étant donné les conséquences grandissantes des changements climatiques, les inondations comme celles qui ont touché les municipalités en 2017 et en 2019 seront de plus en plus fréquentes. C’est pourquoi le recul du gouvernement de l’Ontario en ce qui concerne les offices de protection de la nature correspond à mettre la politique au premier plan, reléguer la nature et la population au second. 

One response to “L’Ontario limite le pouvoir des offices de protection de la nature. Que cela signifie-t-il pour notre rivière?”

  1. simon dunberry dit :

    Comme souvent, les gros sous semblent l’emporter sur le bon sens et la sécurité des citoyens… Pas que je sois contre le développement, mais pas à n’importe quel prix, et surtout pas à l’encontre de nos territoires fragiles ! Ils sont de plus en plus dans la mire des promoteurs, et les villes sont malheureusement souvent bras dessus bras dessous avec ces derniers. Votre combat est important, merci !!

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