Des fossiles dans la région

Il y a 440 à 510 millions d’années, durant l’ « ère paléozoïque », une mer tropicale occupait la région, qui se trouvait alors près de l’équateur. Les lits de calcaire que l’on remarque de nos jours le long des berges de la rivière ont été déposés à cette époque, en grande partie par l’entremise de processus biologiques. Les algues et l’activité bactériennes, par exemple, ont entrainé la formation de stromatolithes. On retrouve également des orthocones, un coquillage fossilisé complexe, producteur de carbonates. Voyons-en quelques détails.

Le stromatolithe, le plus ancien de tous les fossiles

Le tronçon de la rivière situé près du pont Champlain présente l’un des plus beaux étalages de stromatolithes fossilisés au pays, qui plus est, en zone urbaine. Quand le niveau de la rivière est bas, typiquement à la fin d’un été sec ou au tout début de l’automne, de gros blocs de roches sédimentaires laissent entrevoir des stromatolithes et autres créatures anciennes. On les voit aussi juste en aval de la plage de Wesboro.

Les stromatolithes sont constitués de couches minces engendrées par des cyanobactéries. C’est la forme de vie la plus primitive que l’on connaisse. Elle n’appartient ni au règne animal ni au règne végétal (bactérie, algue bleu-vert, etc.), mais se situe quelque part entre les deux. Il s’agit d’une structure biogénétique, non d’un véritable fossile, c’est-à-dire que ce n’est pas un organisme en soi. Comme les orthocones, les stromatoporoïdes, les brachiopodes et les coraux, les stromatolithes proliféraient dans les mers chaudes et formaient des récifs. On pense que les cyanobactéries et les algues pourraient être à l’origine de l’oxygène dans l’atmosphère. Pendant plus de deux milliards d’années, c’était la forme de vie qui dominait. Aujourd’hui, on ne la retrouve en quantité notable que dans certaines régions de la planète. En Australie, par exemple, où la présence d’un environnement confiné avec une eau très saline permet aux stromatolithes de vivre dans une zone intertidale.

Les vestiges de stromatolithes dans notre région ont plus de 450 millions d’années. Les plus grands dômes forment un patron linéaire d’orientation nord-sud qui, par analogie à ce qui est observé à Hamelin Pool, représente le mouvement des marées qui ont influencé leur croissance. Les plus petits stromatolithes ont une orientation est-ouest, indiquant la direction de courants de dérive littorale, ce que confirment les rides de fond, le tout dans une mer chaude saline peu profonde.

Stromatolithes au pont Champlain

Vestiges de stromatolithes près du pont Champlain du côté du Québec. Photo: Bruce Starling

On peut observer d’autres stromatolithes sur les murs de la passerelle surplombant la voie réservée aux autobus, située au bout de l’avenue Roosevelt dans Westboro.

C’est à se demander comment cette précieuse collection de stromatolithes de la rivière des Outaouais passe presque inaperçue, tandis qu’un site similaire dans l’état de New York, dix fois moins grand, est le centre d’intérêt d’un parc régional.

Chose curieuse, une roche sédimentaire constituée de stromatolithes est mécaniquement plus résistante que la normale. Il parait qu’on voit la différence, par exemple, quand on creuse des fondations ou on installe une canalisation dans la zone entourant la plage de Westboro d’Ottawa.

Autres sites de stromatolithes

Les berges de la rivière abritent d’autres sites intéressants de stromatolithes, quoique moins spectaculaires que ceux du pont Champlain. Par exemple, près du pont au sud de Pembroke, et juste à l’est de la marina Port O’Call, près de Dunrobin. De petits affleurements de stromatolithes sont également observés dans l’est de l’Ontario. Ils sont tous différents, mais ce sont ceux de Fitzroy qui sont les plus impressionnants.

Les orthocônes (un ancêtre de la pieuvre)

Orthocône

Ce à quoi aurait ressemblé un orthocône quand il vivait.

En aval du parc Moussette (environ 1 km en aval du pont Champlain) se trouve un autre grand rocher qu’on peut parfois observer à la fin de l’été quand le niveau de l’eau est assez bas. On y retrouve de nombreux fossiles intéressants datant de la même période géologique que les stromatolithes du pont Champlain (formation de Pamélia, groupe d’Ottawa à la fin de la période ordovicienne, il y a 450 millions d’années). En particulier, les orthocônes, cet ancêtre de la pieuvre.

L’orthocône est maintenant disparu. On pense qu’il aurait ressemblé à ce qu’on voit dans l’image à la gauche.

 

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Orthocône au parc Moussette. Photo: Bruce Starling

Dans les affleurements d’orthocônes, on observe souvent des indices indiquant la présence de vers de terre. Parce qu’ils n’ont pas de coquilles, ces animaux n’ont laissé que des traces de leur activité dans les sédiments (ce sont des « ichnofossiles »), c’est-à-dire les vestiges de leurs tunnels. Des rides à la surface du calcaire démontrent clairement qu’il s’agissait d’un environnement sous-marin.

Pour de plus amples renseignements sur la rivière des Outaouais, communiquez avec Allan Donaldson du Ottawa-Carleton Geoscience Centre ou avec Ross Knight de Ressources naturelles Canada.