Barrages

La rivière des Outaouais est une des rivières les plus régularisées au Canada. Sur la rivière elle-même et sur ses tributaires, il existe plus de 50 barrages majeurs, certains utilisés pour la production d’énergie hydro-électrique. En incluant les ouvrages de moindre dimension, cela représente quelques centaines de barrages sur l’ensemble du bassin versant. Par exemple, seulement sur la rivière Mississippi, on compte plus d’une trentaine d’aménagements hydrauliques. La rivière Dumoine est le seul tributaire qui n’en a pas – elle a donc conservé un débit naturel. Plusieurs des barrages les plus importants datent du début du XXesiècle, à une époque où on ne se préoccupait pas des répercussions environnementales de ces ouvrages. Aujourd’hui, on en constate les effets sur l’écosystème de la rivière.

Le bassin versant comprend 13 grands réservoirs, c’est-à-dire dont le volume dépasse 200 millions de mètres cubes. Ces réservoirs accumulent une portion importante de la première crue printanière, qui a lieu vers la mi-avril. Ce faisant, elle contribue à réduire de façon significative la quantité d’eau de la crue suivante, généralement observée au début du mois de mai. Plus en aval, dans la région de la capitale nationale, il y a beaucoup moins de barrages. La capacité de rétention d’eau durant la première crue est donc réduite dans ce secteur – on peut donc moins bien y gérer le niveau de l’eau.

Dans le bassin versant de la rivière des Outaouais, les barrages occupent trois fonctions : ils peuvent servir à gérer le niveau de l’eau, à produire de l’électricité ou à fournir un plan d’eau pour la navigation. Dans ce dernier cas, il favorisera ceux qui utilisent les bateaux à moteur et les voiliers (aux dépens des kayakistes et des canotiers, qui apprécient plutôt la présence de rapides!). Plusieurs barrages occupent plus d’une fonction. Pour ce qui est de l’hydroélectricité, la quantité d’énergie générée par les ouvrages dans l’ensemble du bassin versant dépasse 4000 MW, l’équivalent de 1 million $ par jour!

La gestion des barrages est prise en charge par quelques entreprises du secteur privé et par des agences gouvernementales. Afin d’assurer la coordination de cette gestion, les gouvernements du Canada, de l’Ontario et du Québec ont mis sur pied en 1983 la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais. Cette commission a pour mandat de prévenir les inondations le long de la rivière et de ses tributaires, tout en veillant aux besoins des usagers de la rivière, particulièrement celui des producteurs d’électricité. Elle doit également faire en sorte que les communautés en aval de la rivière, telle Montréal, aient suffisamment d’eau pour compenser les périodes de sécheresse. Cette forme de gestion interprovinciale est la seule en son genre dans le bassin versant.

Quels impacts ces barrages peuvent-ils avoir sur la rivière des Outaouais?

On connait bien les conséquences que comporte la présence d’un barrage sur l’écosystème d’un cours d’eau – de nombreuses études se sont penchées sur la question. Dans le cas du bassin versant de la rivière des Outaouais, on constate les impacts suivants :

  • Entrave à la migration des poissons et des moules et, donc, à l’accès aux zones de frai et d’alimentation;
  • Inondations, érosion des berges, dégradation des habitats naturels;
  • Affouillement et pavage du lit de la rivière suite à l’évacuation occasionnelle de grandes quantités d’eau;
  • Fluctuation rapide et artificielle du niveau de l’eau, ce qui n’est pas normal pour l’écosystème d’une rivière;
  • Modifications des paramètres physiques de l’eau, incluant température, concentration des nutriants, oxygène dissout.

Pour plus de détails concernant l’impact de certains barrages sur la population de poissons dans la rivière des Outaouais, on peut consulter le rapport de Tim Haxton, intitulé «Review of the historical and existing natural environment and resource uses on the Ottawa River» («Compte-rendu sur l’environnement naturel, passé et présent, de la rivière des Outaouais et sur l’usage de ses ressources», en anglais seulement).

Pour plus de détails sur les barrages dans le bassin versant de la rivière des Outaouais, on peut consulter le rapport émis par Sentinelle Outaouais pour l’année 2006.