Un aperçu des défis de l’eau potable à Portage-du-Fort

Écrit par notre surveillant de la rivière Bob Simpson, résident de Portage-du-Fort et anciennement conseiller municipal.

Histoire

La ville de Portage-du-Fort est située le long de la rivière des Outaouais à environ 100 kilomètres en amont de la Ville d’Ottawa. Établie il y a plus de 200 ans, les premiers résidents recevaient leur eau potable directement de la rivière des Outaouais ou de barils de pluie. Il y avait aussi un service de livraison à domicile où une compagnie indépendante apportait de l’eau aux résidents avec son chariot tiré par des chevaux.
Photos fournies par Albert Wright et les Archives du Pontiac.

Au début des années 1950, la construction de la centrale électrique et du barrage des Chenaux ont eu lieu; ceci a fait monter le niveau de l’eau en arrière du barrage et a donc créé un réservoir. Cela a permis de prendre de l’eau de la rivière des Outaouais pour approvisionner une station de traitement d’eau potable.

Durant la même période, la première station de traitement d’eau potable à Portage-du-Fort a été construite, accompagnée de conduites de distribution. C’était une station de traitement de base selon les normes modernes; l’eau était prise de la rivière en amont du barrage, du chlore y était ajoutée et finalement, l’eau était envoyée aux résidents de la ville par le système de distribution. Même si l’eau avait une couleur de thé à cause de tanins s’y trouvant, elle était considérée comme potable.

Plusieurs gouvernements ont fait une révision de l’opération des usines de traitement de l’eau potable à la suite de l’éclosion d’E.coli à Walkerton qui a eu lieu en mai de l’année 2000, en vue de diminuer les risques d’incidents similaires tout en assurant la qualité de l’eau potable. À Portage-du-Fort, une première idée a été de fournir les besoins d’eau potable à la ville avec de l’eau souterraine provenant de puits puisque celle-ci ne requiert pas de filtration d’eau ni d’ajout de chlore et aurait été moins dispendieuse. Cependant, sept puits d’exploration ont été forés à un coût de 270,000$ et il a été constaté qu’il n’y avait pas assez d’eau de disponible de cette source pour subvenir aux besoins de la ville.

Il a donc été décidé qu’il était nécessaire d’avoir une nouvelle station de traitement pour remplacer le système actuel.

 

Le nouveau plan

En 2014, il y a eu l’installation et l’ouverture d’une nouvelle station de traitement ultra moderne munie d’un système de filtrage en trois étapes. Le coût de la construction de la station était plus de 3,500,000$ et le coût annuel du fonctionnement de la station est plus de 100,000$ par année. La municipalité de Portage-du-Fort, avec ces 250 contribuables, a payé une partie importante des coûts en capital du projet et est responsable des coûts du fonctionnement de la nouvelle station.

La nouvelle station de traitement de l’eau a immédiatement rencontré plusieurs problèmes :

  • Bien qu’elle produisait de la très bonne eau, cette eau devait voyager à travers des conduites âgées de 70 ans ayant des fuites pour arriver aux maisons et aux entreprises des résidents. Ceci introduisait des contaminants dans l’eau propre et le coût pour remplacer ces conduites de distribution était plus de 1,000,000$, un coût que la ville ne pouvait pas se permettre de payer.
  • Les problèmes en approvisionnement ont été rencontrés presque immédiatement même si le plan avait été basé sur les normes de consommation du Gouvernement du Québec pour les municipalités rurales et sur une projection de croissance raisonnable. Durant le premier hiver, les problèmes en approvisionnement étaient causés en partie par les habitudes de plusieurs propriétaires à faire couler l’eau continuellement pour prévenir le gel des tuyaux. La station pouvait produire 120 mètres cubes d’eau par jour, mais la consommation était près de 200 mètres cubes par jour. C’était une demande excessive pour la station et donc il y a eu des fermetures. Heureusement, la vieille station était encore disponible et donc, pendant des mois, la ville faisait la rotation entre les deux stations. C’était une tâche difficile, particulièrement durant l’hiver, puisque les conduites devaient être complètement nettoyées à chaque rotation. Même lorsque la ville utilisait la vieille station de traitement, les normes de la qualité de l’eau du gouvernement étaient quand même respectées, mais l’eau n’était certainement pas aussi claire que l’eau du nouveau système. Plus tard durant le printemps, des limites sur la consommation ont été imposées, incluant des restrictions lors du nettoyage des automobiles et de l’arrosage du gazon.
  • La nouvelle station de traitement a eu plusieurs problèmes techniques et opérationnels, incluant des problèmes informatiques majeurs, ce qui a fait en sorte qu’il y a eu plusieurs appels de service à la compagnie qui était responsable de l’installation. Ceci a fait en sorte qu’il y a eu l’arrêt d’une grande partie du système de traitement. Les taxes continuaient d’augmenter à cause des coûts associés avec la station et les propriétaires d’habitation étaient de mauvaise humeur. De nombreux médias se sont aussi impliqués dans cette histoire.

 

Situation actuelle

La ville n’utilise pas de compteurs d’eau et les contribuables payent un taux fixe pour leur eau. Cependant, le gouvernement a menacé d’installer des compteurs d’eau aux frais des propriétaires et par conséquent, les gens sont maintenant convaincus et veulent prendre la conservation de l’eau plus au sérieux. La consommation quotidienne moyenne est maintenant entre 75 et 90 mètres cubes, ce qui est dans les bonnes limites pour le fonctionnement de la station. Il y a eu des réparations qui ont été réalisées pour réduire le volume d’eau qui s’échappait des conduites, ce qui a eu un effet positif sur le montant d’eau requis. D’ailleurs, des subventions ont été obtenues du gouvernement afin de remplacer plusieurs centaines de mètres de la ligne d’approvisionnement principale, ce qui devrait empêcher les fuites.

Ce fut 4 années difficiles à gérer cette situation et ça continuera d’être un défi d’obtenir des subventions pour remplacer le reste des conduites. Les taxes de la ville sont très élevées puisque la station de traitement ne sera pas payée avant 2033.

Pendant ce temps, notre nouvelle technicienne de l’eau nous a mentionné que le défi de Portage est tellement connu qu’il a fait partie de son cours lorsqu’elle suivait sa formation en technique de l’eau.

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