Plus que demi-mesures : de bonnes raisons pour interdire le triclosan

Le plan actuel du gouvernement pour le triclosan, qui devrait être finalisé en 2020, exigera que quiconque utilise plus de 100 kg de triclosan par année mette en place un plan pour réduire son usage de 30 % sur trois ans. Nous estimons que cela ne suffit pas.

Garde-rivière des Outaouais et d’autres groupes intéressés ont rencontré le gouvernement fédéral à Ottawa le 19 janvier pour discuter du nouveau plan de prévention de la pollution par le triclosan, un agent microbien chimique utilisé dans une variété de produits de consommation au Canada, tels que les savons antibactériens, les nettoyants pour la peau, le dentifrice, et les nettoyants à usage universel.

En 2016, le gouvernement a ajouté le triclosan à la liste des substances toxiques, surtout, notamment, à cause des effets néfastes sur le milieu aquatique. Depuis, le gouvernement a élaboré un plan pour régler le problème. Ce plan, qui devrait être finalisé en 2020, exigera que quiconque utilise plus que 100 kg de triclosan par année crée et mette en œuvre un plan pour réduire son usage de 30 % sur trois ans. Une fois mis en œuvre, le nouveau taux d’utilisation peut rester invariable indéfiniment. Le gouvernement croit qu’une réduction de 30 % protégera efficacement les environnements aquatiques des effets néfastes du triclosan.

À notre avis, c’est une solution bien timide, compte tenu des nombreuses études scientifiques démontrant les sérieuses répercussions sur la santé et sur l’environnement du triclosan, au-delà de ce qui a été envisagé par le gouvernement. Le triclosan ne présente aucun bienfait prouvé pour la santé. De plus, il fait l’objet d’un  énoncé formulé par 200 scientifiques et professionnels de la santé, qui décrivent la contribution malheureuse de cet agent chimique à la résistance microbienne, ainsi que ses propriétés de disruption endocriniennes et ses effets débilitants sur l’environnement.

Devant de tels faits, il est clair pour nous, chez Garde-rivière des Outaouais, que le triclosan n’a pas sa place au Canada, peu importe la quantité utilisée, et qu’une interdiction complète s’impose. D’autres pays ont déjà reconnu ce fait; l’Union européenne et les États-Unis ont réagi de façon plus substantielle, car les fabricants n’y ont pas pu prouver que le triclosan tue les bactéries mieux que l’eau chaude savonneuse.

De plus, il existe des préoccupations concernant les produits chimiques, comme le méthyl-triclosan, qui restent dans l’environnement lorsque le triclosan se décompose dans dans nos cours d’eau et qui sont perçus comme étant plus persistants et plus nocifs que le triclosan même, mais dont on ne fait pas mention dans le plan du gouvernement. Avec le délai que propose actuellement le gouvernement, aucune réduction ne serait obligatoire avant 2023, soit 11 ans après que le triclosan a été évalué comme substance nocive par le gouvernement. Il s’agit d’un délai inacceptable, pendant lequel le triclosan continuera à nuire aux voies d’eau canadiennes.

Le triclosan illustre un problème plus vase encore avec la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, ou LCPE; il démontre que la LCPE est dépourvue de mordant et qu’elle a besoin d’être reformée. Garde-rivière des Outaouais n’est pas seul à avoir cette opinion. En juin, le Comité permanent de l’environnement et du développement durable de la Chambre des communes a fait 87 recommandations pour améliorer cette loi. Nous appuyons ces recommandations novatrices. De plus, une coalition de groupes environnementaux et de santé a soumis 11 « recommandations de haute priorité » (en anglais seulement) pour moderniser la Loi.

 

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